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Un dimanche à Harare, forcément, ça se prépare, et mon programme est béton.
Un minibus m'amène vers 10h aux Chiremba Balancing Rocks à Epworth, 13 kms au Sud-est de la capitale. Des formations de roc qui balancent bien, ça va être un festival, que je me dis. Concrètement, il s'agit de roches granitiques en équilibre les unes sur les autres, résultat d'une lente érosion et surnommées bank notes depuis que leur silhouette est apparue sur chaque Zim$ billet. Mais j'ai tellement bien préparé mon coup que les + beaux spécimens, devenus récemment monuments nationaux, resteront cachés derrière -quelle ironie- un billet de 10 US$ que je n'ai pas sur moi. J'avais oublié que j'étais un foreigner obligé de payer en foreign currency, dite "forex". Je n'ai pas tout perdu en discutant un moment avec Moses, le guichetier mais surtout bassiste-auteur-compositeur-interprète-arrangeur-fan de jazz. Il n'a pas les moyens de se payer une basse, il la loue au studio quand il veut répèter avec son groupe. Fonctionnaire, Moses a 2 métiers annexes non déclarés pour pouvoir nourrir sa femme et ses 2 enfants : musicien et technicien en électronique.
Et puis il y a cet homme qui m'offre le lift retour en ville, et qui se propose d'être mon chauffeur pendant 3 semaines jusque VicFalls, via le Matusadona NP dont il ignorait l'existence. Un peu comme si un Parisien n'avait jamais entendu le mot "Camargue".
Après donc un 1er semi-échec, j'ai l'excellente initiative d'aller assister a la fin de l'office dominical de la Universal Church of the Kingdom of God au centre-ville. Un autre vrai grand moment : l'organiste joue ce qui aurait pu être du Céline Dion période américaine pendant que le prêcheur, en transe, trouve les langages et chante les louanges, et ça fonctionne. Ça fonctionne pour ces dizaines de croyants qui chantent en choeur, bras tendus, yeux fermés -certains pleurent- et pour moi qui ... je sais pas trop comment dire.
Et le pompon, 2 adorables religieuses viennent me remercier à la fin de l'office de ma présence -je suis le seul Blanc- et m'inviter à rencontrer le pasteur-prêcheur-prédicateur-tout-c'qu'on-veut, là, maintenant, tout de suite. Sans bonne raison, je décline l'offre, un peu impressionné peut-être. Et sous la surprise du discours étonnament moderne et sensé de ce pasteur qui, alors qu'il baptise 2 nourrissons dans les bras de leur mère sur l'autel, rappelle et martèle à l'auditoire de ne faire des enfants que si on a les moyens de les élever, et non pour faire plaisir au grand-père qui veut de la descendance.
Je passe ensuite 2 heures captivantes à la National Gallery of Zimbabwe : peintures, sculptures en serpentine, springstone ou cobalt, et je replonge dans la "Chitungwiza attitude" d'avec Tim et Emma. A part 4 fonctionnaires en service, je suis seul dans le + grand musée du Zimbabwe, un dimanche après-midi, pour une entrée équivalente à 0,20 US$.
A tous les niveaux encore aujourd'hui, des appels au secours. J'assiste en direct au spectacle d'un pays magnifique et riche sur le papier, sombrant à vue d'oeil dans une misère sans précèdent. Un récent rapport du FMI disait que jamais auparavant un pays en état de non-guerre civile n'avait plongé si profond dans la crise.
La "Héralderie" du jour : " Des violeurs absents de leur procès car il n'y avait pas d'essence pour les emmener de la prison au tribunal. "
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